11 févr. 2020

La minute serievore # AJ and the queen : Vous reprendrez bien une dose de paillettes ?

On parlait paillettes la semaine dernière, en revoici une dose. C'est Sandra qui prend les manettes pour partager avec nous son dernier coup de cœur sérievore : AJ and the queen.

L’inoxydable RuPaul Charles est la star d’une comédie gentiment camp (sur Netflix). Au menu, des stars des années 80, des queens tout droit sorties de l’émission de télé réalité RuPaul’s drag race, des bons sentiments et des gags téléphonés. On en redemande. 

Double dose de guimauve 
Le pitch de la série est serti de paillettes : une drag Queen newyorkaise au grand cœur, Ruby Red, (Robert à la ville) se fait arnaquer dans les grandes largeurs par celui qu’elle croyait être l’homme de sa vie, trop jeune et sexy pour être honnête. Celui-ci lui vole toutes ses économies, avec lesquelles Ruby comptait ouvrir son propre club : Queens in Queens. Dans le même temps, elle prend sous son aile une gamine insupportable car en souffrance. La petite peste au look gender fluid est abandonnée par sa mère, junkie et prostituée. Ensemble, elles vont traverser l’Amérique qui a voté Trump dans un camping-car lui-même en bout de course, car Ruby doit se produire dans les clubs pour se refaire un peu. Problème : ils sont poursuivis par des méchants caricaturaux : l’ex de Ruby, qui veut se venger de l’avoir balancé aux flics, et son acolyte, avec qui il a monté son bizness d’arnaque à messieurs vieillissants (façon Jean-Marie Bannier) incarné par Tia Carrere (remember Sydney Fox l’aventurière ?) impayable avec ses kilos en trop et son bandeau de pirate. 

Friends rencontre John Waters Le scénario, co écrit par RuPaul et Michael Patrick King (à qui l’on doit Sex and the City), ne recule devant rien : invraisemblances, vannes de papa, policiers à la Village People, références vintage (Diana Ross et Judy Garland), bons sentiments à gogo, beaucoup de strass et de performances drag de haut niveau. On reconnaît d’ailleurs pas mal de protagonistes des onze saisons de RuPaul Drag Race au fur et à mesure des épisodes, qui apparaissent en guest stars de choix. Côté références télé, on pense à Miami Vice (pour la grosse bagnole de l’ex et son look tacky) à Priscilla folle du désert pour le côté road movie décalé, et même à Friends, pour la punchline obligatoire. John Waters n’est pas loin non plus, mais sans la provoc’ : les grosses drag queens ne mangent pas de merde de caniche mais du poulet frit; avec, en creux, la suggestion que cela revient peut-être au même… 

Anti Black Mirror
AJ and The Queen, c’est un peu l’inverse d’un épisode de Black Mirror : garanti (presque) sans cynisme ni technologie. RuPaul en rajoute sur l’incapacité de son personnage à se servir de Waze, préférant écouter ses vieilles VHS d’Oprah sur son écran pas plat durant les longues heures de conduite pour se motiver et rester positif. Les rednecks ne sont jamais vraiment méchants, même quand ils ont des flingues, les cowboys sont gay (Brokeback Mountain), et les gangsta de Jackson, Mississippi, sont des drag queens en surpoids qui fabriquent des faux billets et servent la soul food aux sans-abri. L’amour gagne toujours et l’optimisme prévaut, sur fond de gags gay friendly et de grand spectacle transformiste. A ce titre, la séquence où RuPaul et Latrice Royale se rebaptisent « Assault’n’Peppa » et lip synch sur Push It est parfaite de bout en bout. 

Lyp synch for your life !

Une approche bon enfant qui n’est pas sans rappeler les mécanismes déjà mis à l’œuvre dans RuPaul’s Drag Race, la série de télé réalité créée et animée par Mama Ru, comme l’appellent ses « élèves », et qui a porté le transformisme dans les foyers hétéros de la small-town America, et dans le même temps, et dédramatisé l’homosexualité auprès de ceux qui ne la comprennent pas. En 11 saisons, plus quelques spin-off et un export en Angleterre, cette télé-réalité mille fois plus drôle et créative que ses pendants hétéros a permis de faire passer en douceur des messages de tolérance à l’égard de la communauté LGBT. La franchise a en effet rendu l’art du Drag mainstream : d’après les sondages e VH1, chaine qui a diffusé l’émission avant Netflix, le cœur de l’audience de « Drag Race » est une préado de 13 ans qui vit loin des megapoles américaines. La road serie AJ and The Queen persiste dans cette œuvre de diffusion de la bonne parole inclusive, en choisissant délibérément d’éviter les situations clivantes. Ici, on montre le meilleur de l’Amérique, celle qui bosse dur, est amicale et sans jugements péremptoires. 

Gay rights et paternité

Pour preuve, le gentil Robert est à la ville un homme comme les autres, avec des envies de famille : il s’ouvre au début de l’histoire de ses désirs d’adoption à son partenaire. Son co-locataire, l’hilarant Louis Bell, aka Cocoa Butter, la drag queen aveugle qui aime un peu trop le sucre, est lui aussi une boule de gentillesse avec de gros penchants maternels et protecteurs à l’égard de AJ, (Amber Jasmine), la gamine recueillie par Ruby. Incarnée par la jeune actrice Izzy G., qui force un peu sur la caricature du runaway teen en souffrance, la jeune AJ est exaspérante à souhait. Malgré toutes ses outrances et ses références vintage, le propos de la fiction est curieusement dans le ton de l’époque : gentil et inclusif. Il semble que les paillettes dont se couvre Ruby aient un effet filtrant sur le monde réel, qui en devient meilleur, de manière cosmétique, mais furieusement bienfaisante.  

Merci Sandra !

1 commentaire:

  1. le sucre, est lui aussi une boule de gentillesse avec de gros penchants maternels et protecteurs à l’égard de A

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